LecturesPourquoi Will Smith a-t-il giflé Chris Rock ?

16 August 2022by Vassili
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En mars dernier, au cours de la cérémonie des Oscars 2022, Will Smith se lève de son siège et monte sur scène pour gifler Chris Rock. La séquence fait littéralement le tour du monde en quelques minutes, et éclipse non seulement le reste de la cérémonie mais aussi l’actualité de ces jours-là – la pandémie, la guerre, tout ça. Tout le monde se pose la même question : qu’est-ce qui lui a pris ? pourquoi a-t-il réagi aussi violemment ?

Tout le monde se pose la question, et chacun y va de son explication. Le problème est précisément que chacun y va de son explication. C’est-à-dire que chacun tente d’expliquer la situation à partir de sa perception personnelle. Ça me rappelle ce que l’on dit en programmation neuro-linguistique : « La carte n’est pas le territoire. » Autrement dit : chacun a sa propre représentation de la réalité. Or on ne peut trouver une explication à la réaction de quelqu’un qu’en se plongeant dans sa réalité. Je repense aussi à un autre présupposé de la PNL selon lequel « tout comportement a une intention positive ». Partant de là, je me pose la question : quel éclairage la PNL peut-elle apporter à cette situation ?

 

🔎 À la recherche de réponses

Au moment où les faits se sont déroulés, j’étais justement en train de lire Will, l’autobiographie de Will Smith écrite en collaboration avec Mark Manson, l’auteur du best-seller L’art subtil de s’en foutre. Will est une autobiographie tout ce qu’il y a de plus classique. On y découvre le parcours de l’acteur américain depuis son enfance jusqu’au succès international que l’on sait, en passant par ses débuts dans le rap et ses difficultés familiales. Si vous appréciez le travail de Will Smith, je vous recommande ce livre. C’est bien écrit, agréable à lire, bourré d’anecdotes et surtout très intéressant pour en savoir plus sur son parcours. Mais ce n’est pas le sujet ici. Ce qui m’intéresse, ce sont les réponses à nos questions qu’on y trouve.

Partons de ce passage dans lequel Will Smith parle de son rapport compliqué aux émotions : 

Les gens déterminent si vous les aimez ou non en fonction de la manière dont ils ressentent que vous prêtez attention à leurs émotions. Ça a été un casse-tête et un problème dans presque toutes mes relations d’adulte. […] Les gens dans ma vie se sont toujours plaints du fait que je ne prêtais pas assez attention à leurs émotions, et, les fois où je n’ai pas réagi, cela les a menés au sentiment que je ne les aimais pas.

Ce besoin de prouver aux autres qu’on est attentifs à leurs émotions expliquerait-il sa réaction ? Will Smith fait en tout cas un lien entre « prêter attention aux émotions des autres et réagir en fonction » et « manifester son amour ». Se lever et gifler Chris Rock serait-il une manière de prouver à son épouse qu’il l’aime ? Peut-être. Mais pour réagir de manière aussi forte, il doit y avoir quelque chose d’autre.

Pour vraiment comprendre la réaction de Will Smith, on a besoin d’identifier ses croyances, qui se sont installées chez lui au fil de ses expériences de vie. Et en particulier dans la petite enfance, à ce moment de la vie où le stade de développement cognitif de l’enfant ne lui permet pas de comprendre tout ce qu’il se passe autour de lui et où il n’a d’autre choix que de trouver une explication chez lui. Ce sont des croyances de l’enfant par rapport à lui-même, sa part de responsabilité dans ce qu’il se passe autour de lui et sa place dans le monde.

Dans son autobiographie, Will Smith revient longuement sur son enfance. Il a grandi dans un climat familial marqué par la violence dont il témoigne en ces termes :

Rien ne me faisait plus peur que mon père. J’avais neuf ans le jour où je l’ai vu frapper ma mère si fort à la tête qu’elle s’est effondrée et mise à cracher du sang. Cette scène dans cette chambre, sans doute plus qu’aucune autre de ma vie, a forgé celui que je suis aujourd’hui. Tout ce que j’ai réalisé depuis – les récompenses et les éloges, le feu des projecteurs et l’attention, les rôles et les rires –, ce n’est au fond qu’une façon implicite de demander pardon à ma mère de ne pas être intervenu ce jour-là. De ne pas avoir été là pour elle. De ne pas avoir su être à la hauteur. De ne pas avoir su tenir tête à mon père. D’avoir été lâche.

Si l’on se met à la place du petit Will dans cette situation, que peut-on conclure de nous, du monde et de notre responsabilité face à ce qu’il se passe ? D’après moi, quelque chose comme ceci aurait du sens : « Le monde est dangereux et je dois à tout prix me protéger et protéger ceux que j’aime. » Reste un problème : comment savoir quand les protéger ? L’enfant va alors chercher à trouver des solutions pour que l’expérience ne se produise plus jamais et développer des compétences qui lui permettront d’y arriver. Will Smith en parle aussi dans son livre :

Cette peur constante que j’éprouvais durant mon enfance a développé chez moi une sensibilité au moindre détail de mon environnement. […] J’ai appris à deviner la colère, à sentir la joie, à déceler la tristesse à un niveau bien plus profond que la plupart des autres gamins. Reconnaître ces émotions était crucial pour assurer ma sécurité […]. J’ai vite appris à les analyser – car un regard manqué ou un mot mal interprété pouvait se transformer en coup de ceinture pour moi ou en coup de poing pour ma mère.

Voilà la solution du petit Will : une hypervigilance par rapport aux émotions des autres, pour identifier rapidement les signaux d’alarme et pouvoir réagir aussi vite afin de désamorcer les situations dangereuses. On a alors une autre croyance : « Les émotions peuvent être dangereuses et je dois être très attentif aux émotions des autres pour me défendre et défendre ceux que j’aime. »  Mais toute médaille a son revers et Will SMith l’expose ailleurs dans Will avec beaucoup de clairvoyance :

La personne agressive et en colère que vous avez cultivée enfant, pour vous protéger des brutes et des prédateurs, détruira chacune de vos relations à l’âge adulte si vous ne vous en défaites pas. Certaines choses sont utiles, voire absolument nécessaires, durant certaines périodes de nos vies. Mais il viendra toujours un temps où nous devrons les mettre de côté et les laisser mourir.

 

🤔 Que faire de tout cela ?

Revenons à l’affaire de la gifle. On dispose maintenant de clés pour faire des hypothèses sur ce qu’il s’est passé chez Will Smith. Il est important de préciser que ce ne sont que des hypothèses basées sur mon interprétation de passages de son autobiographie.

Si l’on se met dans la peau d’un enfant qui a grandi avec un père violent, qui en a conclu que le monde était dangereux, qui croit qu’il doit protéger ceux qu’il aime, qui a trouvé une solution dans l’hypervigilance, qui croit qu’il doit réagir de manière agressive pour sa survie si nécessaire… ça laisse des traces. Et on peut comprendre la réaction que Will Smith a eue : en entendant Chris Rock s’en prendre à sa femme, c’est le petit garçon au fond de lui qui a réagi avec le comportement qui lui avait permis de se protéger. C’est ce petit garçon qui voit Chris Rock comme un prédateur, pas l’adulte. Bien sûr, la thérapie et le développement personnel permettent de transformer beaucoup de choses, de « mettre de côté » ces choses qui nous ont permis de nous en sortir à certains moments. Mais il est illusoire, je pense, de croire qu’on peut « les laisser mourir ». Tout cela constitue une part importante de notre histoire, c’est une facette de notre personnalité qu’il est intéressant d’arriver à reconnaitre, acceuillir et accepter. Le risque de retomber dans nos vieilles habitudes est là, mais décortiquer comment elles se sont installées et identifier le rôle qu’elles ont joué permet d’en repérer les signes et de les désamorcer à temps. Dans la plupart des cas. Ainsi, quand on adopte ce qu’on appelle en programmation neuro-linguistique une deuxième position, quand on se met vraiment dans les baskets de Will Smith, on comprend.

Intervient alors une précision capitale : comprendre ne veut pas dire accepter. La programmation neuro-linguistique permet de comprendre les comportements humains, d’identifier la structure de pensée d’un individu et de mettre des mots sur son schéma de fonctionnement. Cela ne veut pas dire, et il est crucial de le préciser, que l’on doit forcément accepter. Nous sommes bien entendu libres de ne pas accepter certains comportements, et certains comportements ne sont d’ailleurs tout simplement pas acceptables, ne serait-ce qu’en termes d’éthique et de légalité.

Autre précision importante : il ne s’agit ici que d’hypothèses basées

Dans une vidéo publiée sur son compte YouTube fin juillet, Will Smith prend finalement la parole pour revenir sur les événements. Il y présente notamment ses excuses à Chris Rock et sa famille, et explique :

Il n’y a aujourd’hui aucune partie de moi qui pense que c’était une bonne manière de se comporter, de gérer un sentiment de manque de respect ou des insultes à ce moment-là […]. Décevoir les gens est mon trauma principal. Je déteste quand je déçois les gens.

C’est évidemment un geste marketing (et plusieurs éléments du décor en témoignent : un tableau avec le message « The world is sick, love is the cure », sa casquette Westbrook, la bouteille d’eau Water posée sur la table – à ce niveau de célébrité, TOUT est marketing), mais ce qu’il dit fait sens par rapport à tout le reste. Les mots choisis en disent long si l’on lit entre les lignes : sur le moment, une partie de lui, venue du plus profond de lui-même, a jugé que c’était une manière adéquate de se comporter par rapport à ce qu’elle croyait et ce qu’elle avait développé comme stratégie pour s’en sortir. Et voilà comment explorer l’expérience subjective d’un individu amène à comprendre ses comportements, même si l’on ne les accepte pas. Ce n’est certainement pas acceptable, ce n’est peut-être pas pardonnable… et pourtant c’est humain.

 

🌱 Et vous ?

Et vous, ça vous arrive d’avoir des réactions disproportionnées à des événements en apparence tout à fait banals ? Vous arrive-t-il de ressentir des émotions extrêmes face à des choses qui ont l’air anodines ? Savez-vous ce qui se passe alors en vous ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Si cela vous pose problème dans votre quotidien, se faire accompagner par un thérapeute PNL vous permettra d’abord de vous comprendre, puis de vous libérer d’éventuels schémas de fonctionnement qui n’ont plus lieu d’être aujourd’hui. C’est là, je pense, l’essence de la thérapie et du développement personnel : gagner en liberté.

Vassili